LOISIRS

ON DIRAIT LE SUD…

Vous connaissez mon amour pour l’Art, les artistes et les expositions que j’arpente régulièrement à Paris, mais ce mois-ci je veux vous parler, non pas des musées et autres galeries parisiennes, mais de ce qui se passe dans le Sud de la France. J’ai envie de vous emmener faire un petit tour dans cette région adorée par les artistes. Car il n’y pas que dans la capitale qu’ils créent et exposent. Depuis le 19ème siècle, ils sont nombreux à être tombés amoureux de la Provence, à avoir été inspirés par sa lumière, ses couleurs, ses paysages, son atmosphère. Cézanne s’est installé à Aix (vous pouvez d’ailleurs visiter son atelier et la maison qui l’a vu devenir peintre), Van Gogh est passé à Arles, Picasso a résidé à Antibes (si vous le pouvez allez sur place faire un tour au Musée Picasso la collection permanente est formidable j’y vais à chaque fois que je suis dans le coin), Matisse a aimé Nice (il y a d’ailleurs le Musée Matisse, le peintre en personne y a fait des donations de ses œuvres et le musée propose une très belle collection de peintures , dessins , gravures , sculptures). Et aujourd’hui encore le Sud est un repère d’artistes formidables. J'ai eu la chance d'en rencontrer quelques uns.

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Paul Cézanne : la Montagne Sainte Victoire

Parmi eux, je suis tombée sous le charme du travail de Dominique Allain à Vallauris. Un type formidable et espiègle qui vous parle de ses œuvres avec un bonheur non feint et qui est heureux de partager avec vous son processus créatif. L’homme adore s’amuser et brouiller les pistes à tel point qu’il a carrément inventé un monde : l’Allainska (allez voir son Facebook et son site, il en parle, c’est hilarant) et avec lui, il faut faire attention à son imaginaire débordant, mais j’ai tout de même réussi à en savoir plus sur ce drôle de loustic. Né en 1952, il côtoie très jeune des artistes qui lui inculquent (dès l’âge de 10 ans !) les premières notions de dessin et les rudiments du tournage en céramique. Par la suite, il s’initie à la sculpture avec des modèles vivants. Il est formé dans les sciences et techniques dès 1970 mais il abandonne cette voie définitivement dans les années 2000 pour se consacrer totalement au travail de la céramique. Et il a eu raison, il est archi-doué !

Il a choisi le raku, une technique de céramique japonaise. La pratique de la cuisson rapide et violente du raku amène des effets d’enfumage, de craquelures et de patine métallisée qu’il domine parfaitement. Quant à ses assemblages en morceaux, ils reposent sur des armatures et socles, partie intégrante de l’œuvre. Il faut connaître un peu l’histoire de Dominique Allain pour comprendre ses œuvres. Il a connu une enfance maladive qui l'a forcé à de nombreux séjours hospitaliers et c’est ce qui explique sa fascination pour le corps. Dans toute son œuvre, il porte un regard permanent sur la mort, mais ce regard est contrebalancé par l’utilisation de la couleur, ce qui donne à ses personnages un côté à la fois guerrier et parfois burlesque. On retrouve la dualité de l’homme dans ses œuvres. Blessé mais avec ce sens de l’humour chevillé au corps. Cette opposition donne une incroyable présence à ses œuvres ! Ses sculptures m’intriguent et me fascinent et je suis certaine qu’il en sera de même pour vous. Elles sont tour à tour, et à la fois, inquiétantes, poétiques. Elles nous parlent de nous et du kaléidoscope de nos âmes.Et le corps s’impose toujours, de même les yeux omniprésents qui scrutent le spectateur jusqu’au fond de son âme et ne le lâchent pas. Ses sculptures sont visibles dans un bon nombre de galeries (Paris, Uzès, Saint-Paul de Vence, Vallauris... ou sur www.allain.info). Dominique Allain est à mon sens un immense artiste contemporain.

Dominique Allain s’affirme comme sculpteur à part entière mais nous montre également des travaux graphiques et "photographiques" complémentaires à son œuvre. Un immense coup de cœur !

 

A quelques kilomètres de chez Dominique Allain, il y a un autre sculpteur, plus exactement une sculptrice formidable, elle s'appelle Nadine Vallée. Elle vit et travaille à Opio. Diplômée de l’Ecole Supérieure des Arts Modernes de Paris et de l’Ecole du Louvre, cette femme pleine de joie de vivre et d’énergie a suivi une carrière de graphiste dans la publicité à Paris pendant 20 ans. Mais il lui manquait quelque chose. Ce petit bout de femme de caractère avait besoin de plus : elle voulait projeter l’image dans l’espace. C’est en travaillant la terre que la rencontre avec le volume et la matière s’est réalisée. Elle décide alors d’y apporter en plus la transparence en y associant le verre. Et voilà, ses œuvres étaient nées ! Ses perpétuelles recherches sur les oppositions entre transparence et opacité aboutissent à la création "d’une pierre de lumière”. Elle associe la terre au verre, la pierre, le béton et la lave et c’est sublime ! Il se dégage de ses œuvres un étonnant mélange entre force et fragilité. Entre puissance et subtilité. Dans son travail, je suis fascinée par cette pâte de verre si légère, si lumineuse accrochée on ne sait par quelle magie à la pierre ou au béton presque brutal. J’adore la dualité de l’œuvre ! Quand on l’interroge sur son travail, elle répond : « Le sens général de mon travail peut se définir par la communion d’un élément matière complémentaire à un élément lumière, créés et unis au cours d’un chemin d’émotions. » Et des émotions, son travail nous en procure ! Toutes ses créations sont des pièces uniques, qu’elles soient réalisées selon la technique de la pâte de verre à la cire perdue (cristal), du raku (grès et porcelaine) ou du fusing (bullseye). Si vous le pouvez, passez la voir dans son atelier-expo à 15 kilomètres de Cannes, sinon allez sur son site : www.nadvallee.com

Enfin non loin de là, dans le magnifique village de pierre de Bargème, allez à la rencontre d’une jeune sculptrice étonnante. Appelez-la Elsa Sculpteur. 36 ans à peine et déjà 20 ans de métier derrière elle. Cette petite brunette aux cheveux longs n’est pas bien épaisse et pourtant elle travaille l’ardoise et le marbre, autant de matières qu’on imagine réservées à quelques forces de la nature. Mais justement tout est là. La force et la délicatesse. De cette matière brute, forte, puissante elle fait de la dentelle, elle fait pousser des fleurs, elle fait naitre le graphique et le fragile.Cette fille là fait chanter les pierres. Son travail, qu’il soit monumental ou à plus petite échelle, est toujours d’une grande poésie. Son atelier galerie est ouvert tous les jours de 10h à 18H sauf le mardi et si vous ne pouvez pas vous y rendre jetez un œil sur son site www.elsa-sculpteur.com)

Alors n’hésitez pas, si vous habitez dans le coin ou si vous êtes de passage, poussez la porte des ateliers de tous ces artistes, découvrez toute l’étendue de leur œuvre. Allez à la rencontre de ces hommes et femmes qui ne vivent que pour leur Art et le bonheur qu’il procure. Et le bonheur on en a jamais assez.